Histoire du tapis

Les tapis font partie de notre histoire.

Le plus vieux tapis dont nous ayons connaissance a été fabriqué il y a 2 500 ans. Mais ce n'est qu'avec l'ouverture des routes commerciales au 17ème siècle que les tapis persans afflueront vers l'Europe occidentale. De nos jours, les tapis et les moquettes modernes constituent des chefs d’œuvre de la mécanisation industrielle qui perpétuent la tradition millénaire.


+ Un des plus anciens tapis

L’extraordinaire découverte de Pazyryk apporte la preuve que l'histoire du tapis remonte à 2 500 ans.

Le plus ancien tapis à points noués connu à ce jour a été découvert en Sibérie méridionale en 1949, lors des fouilles archéologiques réalisées dans le tumulus abritant la tombe d’un chef scythe dans les monts de l'Altaï à proximité de la frontière mongole. Doté d'un motif très travaillé, le tapis était dans un excellent état de conservation, car il avait été préservé par une épaisse couche de glace. Le tapis dit de Pazyryk, du nom de la vallée dans lequel il fut trouvé, date de la période achéménide (559 – 330 av. J.-C.) ; il a donc été fabriqué au cours de l’empire perse au quatrième ou cinquième siècle av. J.-C. Il mesure 1, 83 x 2 mètres pour une densité de 36 nœuds au cm² et est orné de motifs géométriques et de dessins représentant des élans et des cavaliers. La finesse du tissage (à titre de comparaison, la densité de 25 nœuds au cm² est considérée de nos jours comme très importante) et la complexité du dessin laissent supposer que la tradition du tapis remonte à une époque largement antérieure au chef d’œuvre de Pazyryk, même si aucune découverte archéologique ne peut étayer cette thèse. Le tapis de Pazyryk est aujourd’hui conservé au musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg.

Photo: www.wikipedia.de | www.pazyryk.org

+ Les tapis d’Ardébil

Les tapis d’Ardébil : des jumeaux séparés

Les tapis d'Ardébil sont certainement les plus connus des anciens tapis persans. Ils appartiennent au type Kachan, du nom de cette province du nord-ouest de la Perse. Commandés au Shah Tahmasp Ier au milieu du 16ème siècle, les tapis jumeaux prirent place dans la mosquée d'Ardébil. Ils furent ensuite achetés par un Anglais qui en utilisa un pour restaurer l'autre et revendit en 1892 le tapis ainsi restauré au Victoria & Albert Museum de Londres. Le «tapis saint d’Ardébil» est très fin et mesure 10,5 m x 5,3 mètres pour une densité de 5 300 nœuds au décimètre carré. La chaîne et la trame sont composées de fils de soie tandis que le velours est en laine. Le tapis est orné d’éléments picturaux formant un tout, avec un médaillon central, deux lampes suspendues à la pièce centrale et des motifs complexes en forme de fleurs ou de feuilles fantastiques entrelacées sur un fond bleu foncé. La bordure décorative mentionne l'année de réalisation, l'an 947 AH (calendrier musulman), soit l’année 1540 ap. J.-C. du calendrier grégorien ainsi que le nom de l'artisan, Maksoud al Kaschani. Les fragments du deuxième tapis d'Ardébil sont conservés au Los Angeles County Museum.

Photo: Victoria and Albert Museum, London | www.vam.ac.uk

+ Le tapis rouge

Pouvoir, richesse, adulation : pourquoi le tapis rouge est-il rouge?

L'ambiance est glamoureuse, des limousines luxueuses s'approchent ; en descendent des stars et des starlettes vêtues des derniers modèles des créateurs de mode, qui défilent sur le tapis rouge poursuivies par le mitraillage des flashs des reporters. S'il s'agit là d'une scène fréquente à Hollywood, il faut savoir qu'au Moyen-âge, étendre un tapis devant des invités de marque pour leur éviter de fouler un sol froid et sale était considéré comme un signe de bienvenue. Après les batailles, il était courant pour le vaincu d'étaler une grande cape rouge devant le vainqueur en signe de respect. La cape rouge était extrêmement précieuse. En effet, les glandes de 12 000 murex - mollusque gastéropode—étaient nécessaires à la fabrication de 1,5 gramme de teinture, permettant de teindre 7,5 grammes de laine. Au cours des temps, celle-ci fut remplacée par le tapis rouge, toujours utilisé pour rendre honneur aux invités de marque.

Photo: Martin Diebel, Berlin | www.shift-pictures.com

+ Les textiles de Bauhaus

Le grand art des textiles du Bauhaus

Dans les années 20 et le début des années 30, sous la république de Weimar en Allemagne, tout studio d'architecture se devait d'exhiber une sélection de textiles raffinés. Walter Gropius choisit deux tapis dessinés par des designers issus du Bauhaus pour orner son studio en 1923, tandis que Mies van der Rohe et Lilly Reich eux sélectionnèrent des tapis en laine tissés à la main par le tisserand de Lübeck, Alen Müller-Hellwig, pour le pavillon allemand de l’Exposition Internationale de 1929 à Barcelone et pour la Villa Tugendhat de Brno. A cette époque la conception des tapis interressait non seulement de nombreux artistes masculins, mais également de nombreuses femmes, car le tissage et la conception textile étaient considérés comme des domaines artistiques adaptés à celles-ci à une période où elles faisaient une entrée massive sur le marché du travail. La renommée de l’atelier de tissage conçu par Walter Gropius pour le Bauhaus à Weimar en 1919 ne cessa d’augmenter dans les années qui suivirent sa mise en place. Dès sa création, l'atelier se spécialisa dans deux domaines: le textile fonctionnel à usage domestique et le textile d’art avec la conception de pièces uniques ambitieuses. Un nombre impressionnant de tapis, tapisseries, couverture pour piano, textiles jacquard et tissus à fils double couches de l'époque ont survécu jusqu'à nos jours. Les plus intéressants d’entre eux sont les tapis d'Anni Albers, d’Hedwig Jannis et de Benita Koch-Otte, et plus particulièrement, ceux créés par Margaretha Reichardt et Gunda Stölzl, les seules femmes artistes-artisans du Bauhaus à avoir atteint la célébrité. La plus grande collection au monde de tapis du Bauhaus semblerait être détenue par la fondation des Classiques de Weimar (Weimar Klassikstiftung).

© Angermuseum Erfurt – Margaretha-Reichardt-Haus / Photo: Dirk Urban

+ Le tapis est partout

Au sol, aux murs, sur le mobilier—le tapis est partout

De nos jours, on associe souvent le tapis à un revêtement de sol. Cependant, l’étymologie du terme «tapis» révèle que l'objet servait aussi bien à couvrir les sols et le mobilier que les murs. Les racines des mots «tapis» sont à chercher en Asie mineure avec le terme tapeh qui est entré dans les langues indo-européennes et a donné tapes, tapete, puis tap(p)etum en bas latin et tápes en grec ancien, ces deux derniers termes désignant l’un et l’autre une couverture ou un tapis. En allemand, le terme moderne de «Teppich» vient du terme germanique Tep(p)ih et s'est répandu à partir du 18ème siècle. Il désignait initialement les tapis de pied tissés, même si à cette époque les tapis de murs (Gobelin et autres) existaient déjà.

Photo: Claudia Neuhaus / Design: Hannes Grebin, Berlin | www.hannesgrebin.com

+ Métier à tisser mécanique

L’invention du métier à tisser mécanique : une étape-clé

L’art du tissage est l'un des artisanats les plus anciens de l'histoire de l'humanité. Les archéologues ont découvert une multitude de poids à métier en argile qui prouvent que les premiers métiers à tisser dits verticaux, en usage jusqu’à la fin du Moyen-âge, datent du néolithique. Les premiers métiers mécaniques firent leur apparition au 16ème siècle et les premiers métiers automatisés à cartes perforées furent inventés en France au milieu du 18ème siècle par Jacques de Vaucanson. Mais ce fut la révolution industrielle qui transforma le tapis en un produit fabriqué en masse avec l'invention du premier métier mécanique par Edmund Cartwright dont le brevet date de 1785. Ce premier métier mécanique fut d’abord actionné par des bœufs puis par des moteurs à vapeur. Joseph-Marie Jacquard améliora le métier de Cartwright en le dotant du mécanisme de commande mis au point avant lui par Jacques de Vaucanson. Commandé par un système de cartes munies de rangées de trous perforés correspondant aux rangées du motif, le métier à tisser dit métier Jacquard permit de faire passer le tapis de l'artisanat à l'industrie. Le métier Jacquard fut une invention révolutionnaire à plusieurs titres : les revêtements de sol doux et chauds ne furent plus un luxe réservé aux plus riches et il jeta les bases de la théorie de l'asservissement, considérée par certains comme à l'origine de nos ordinateurs modernes.

Photo: Dennis Gerbeckx, Berlin | www.dennis-grafix.com

+ Le tuffetage

Le tuffetage : un procédé qui révolutionne l’art de fabriquer les moquettes

Les origines du tuffetage sont à chercher dans l'art européen traditionnel des tapisseries brodées, une technique selon laquelle des motifs symétriques sont réalisés sur une étoffe servant de support à l'aide d’une aiguille et de fils de couleur. Aux Etats-Unis, des dessus-de-lit sont fabriqués de cette manière depuis les années 1900, selon la technique apportée en Pennsylvanie par les émigrants européens. Si on utilisait encore à cette époque une seule aiguille, les machines à plusieurs aiguilles ne tardèrent pas à faire leur apparition. En 1943, la technique américaine fut déposée, donnant le coup d’envoi aux manufactures de tuffetage industriel. A la fin des années 1950, cette technologie s’était répandue sur l'ensemble du territoire américain et elle fut adoptée par les fabricants européens dès le début des années 60. Ce procédé de production révolutionnaire et l'utilisation de fibres synthétiques, nettement plus faciles à travailler, permirent de fabriquer plus rapidement de grandes quantités de moquettes à moindre coût. Les bandes de moquettes ainsi fabriquées étaient cousues les unes aux autres pour produire des moquettes pouvant recouvrir toute la surface d'une pièce. La moquette moderne était née.

+ Le principe du tuffetage

Tuffetage : un procédé, des possibilités infinies

Le principe du tuffetage correspond «grosso modo» à celui utilisé pour la machine à coudre : des milliers d'aiguilles posées en lignes insèrent le fil dans un matériau de base (tissé ou non-tissé), appelé l'étoffe support. Des crochets appelés des boucleurs maintiennent le fil en place pendant que les aiguilles redescendent, ce qui forme des boucles (touffes de velours) sur l'endroit du matériau support. Sur les moquettes bouclées, les boucles sont conservées ou sectionnées par des lames pour obtenir des moquettes à fils coupés, parfois appelés velours. Les lames sont généralement attachées aux boucleurs, ce qui permet de réaliser les deux opérations en même temps. La combinaison de ces deux techniques permet d'obtenir une moquette bouclée / fils coupés. Un dossier secondaire, un tissu ou du latex sont appliqués pour maintenir les fils en place. Contrairement aux moquettes tissées, les motifs réalisés sur les moquettes tuftées peuvent être conçus de manière individualisée et ne doivent pas être fabriqués sur des machines horizontales, fil de trame par fil de trame. Les machines modernes peuvent fabriquer des moquettes larges de cinq mètres et traiter tous les types de fils actuellement disponibles sur le marché : le polyamide, le polyester, le polypropylène, le coton ou encore la laine. C’est la raison pour laquelle, les moquettes sont si appréciés pour les zones à fort passage comme les lieux publics, les commerces, les grands magasins et les bureaux.